lundi 21 mai 2018

Avec Zadkine, Souvenirs de notre vie


Ossip Zadkine, sculpteur d'origine russe,  fut une des figures du mouvement artistique nommé L'école de Paris.
 

Ce livre "Avec Zadkine, Souvenirs de notre vie" est particulièrement charmant. Mêlant texte et dessins, il a été écrit par Valentine Prax sa femme, elle-même artiste-peintre. Il parle de leur histoire, d'art, d'amour et d'une époque qui ressuscite Modigliani, Max Jacob, Henry Miller et tant d'autres. A travers son regard et son soutien sans failles, nous découvrons un artiste complexe, souvent difficile,  qui vécut son art avec un immense esprit de résilience.

Je l'avais trouvé au Musée Zadkine qui est la maison et l'atelier où l'artiste vécut et travailla à partir de 1928. Cette maison cachée a également un très joli jardin. Située au au100 bis rue d'Assas dans le 6e à Paris, elle est une bulle de calme, de lumière, de verdure et de beauté. 

J'avais commencé à lire ce livre au jardin du Luxembourg qui, malgré la lumière grise de ce jour là, était quand même sublime.


Valentine Prax,  Avec Zadkine, Souvenirs de notre vie. 
Paru en Mai 2001.

mardi 8 mai 2018

On s'embrasse pas ?



Après quinze années d'errance à travers le monde, Bernard, tête à claques quadragénaire, acerbe et désabusé, revient s'échouer dans un village près d'Angoulême dans ce qu'il lui reste de famille.


Quinze ans sans presque jamais donner de nouvelles à ses proches, sa dernière carte postale remonte à une dizaine d'années... Et puis soudain, après avoir tant bourlinguer, l'usure et un "impérieux besoin de revenir" chez lui.

Ce retour surprise, douloureux pour la mère, dérangeant pour la soeur, va bouleverser le train-train bien réglé d'une vie qui s'est construite sans lui. Dans leur quotidien assez austère, la nouveauté que constitue ce retour et la personnalité pleine de mauvaise foi de Bernard vont entraîner différents évènements  tragi-comiques.

Bourré d'humour et très caustique, il s'agit du second roman de cet auteur qui écrit également de la poésie, des chansons et des romans jeunesse. Drôle et plaisant, il se lit d'une traite, le style est très vivant et les personnages bien construits. 
Michel Monnereau interroge ici avec lucidité les notions de famille, d'appartenance, de révolte et de choix de vie. Court, bien mené, il aurait néanmoins mérité je crois plus d'approfondissement sur certains aspects pour lui donner une plus forte densité.

A lire dans son lit les jours de grande révolte intérieure. 


Michel Monnereau, On s'embrasse pas. ed. La table ronde. Ou chez J'ai Lu pour le format  livre de poche. (Paru en 2007)


dimanche 29 avril 2018

Le plus beau métier du monde



Vendre du beau, vendre du rêve aux foules à travers des images sans cesse renouvelées, démultipliées à l'infini grâce aux réseaux sociaux, incarner un idéal (souvent, il faut le dire, très formaté et aseptisé), produire de l’exceptionnel - dans le cas de la haute couture -, voilà quelques missions de la mode. Dans Le Plus Beau Métier du monde  l'anthropologue Giulia Mensitieri nous propose une plongée réaliste dans ce milieu. S'appuyant sur son expérience d'immersion et sur de multiples entretiens, elle donne à voir le décalage flagrant entre le faste et la réalité d'un monde violent et précaire.

Bien souvent, en dépit des sommes folles dépensées pour par ex. quelques minutes d'un défilé, les photographes, stylistes, maquilleurs, assistants, etc. ne sont eux qu'assez rarement payés. S'ils le sont, c'est symboliquement, par du maquillage, des accessoires, une mention. Malgré cela, le sentiment d'appartenir à un monde privilégié et prestigieux explique souvent la résignation et le manque de revendications observés par l'anthropologue. Pour ces travailleurs créatifs le simple fait de participer à la création de choses désirées par tant de gens, compense tous les sacrifices.

La chercheuse dévoile ainsi les aspects peu reluisants d’une industrie qui constitue pourtant «l’image étincelante du capitalisme, combinant prestige, beauté et pouvoir» : les stagiaires non rémunérés et usés jusqu’à l’os, œuvrant sans jour de repos quand un catalogue ou une collection doivent être finalisés, mais prêts à tout pour faire partie d’un milieu fantasmé auquel ils deviennent même accros . Les stylistes qui dorment dans des palaces en marge des shootings mais sous-louent des logements minuscules et parfois insalubres dans la vraie vie . Les mannequins qui travaillent gratuitement pour améliorer leurs books, d’autres endettés auprès de leur agent, d’autres encore rémunérés avec une paire de pompes ou un pull, ce qui ne remplit pas le frigo ni ne paye le loyer.

En lisant ce livre,  j'ai pensé à Nabile Quenum, 32 ans, auteur du blog "J'ai perdu ma veste", dont le décès absurde survenu peu après Noël 2017 à Paris m'avait choqué. Photographe de mode parmi les plus connus
lors des défilés des fashion weeks,  Nabile Quenum est mort  dans son sommeil intoxiqué par du monoxyde de carbone émanant de son radiateur. Il est resté plus de deux semaines inanimé dans son lit avant d'être découvert... Il vivait dans un immeuble qui n'était pas aux normes de sécurité les plus basiques.

Cette enquête fouillée , passionnante, dévoile beaucoup d'aspects méconnus du grand public. Je crois que malheureusement ces aspects ne concernent pas que le milieu de la mode, ils peuvent s'appliquer à beaucoup de domaines dit "artistiques" ou créatifs où  la précarité est quasi une norme et où travail payé et bénévolat se confondent dans l'esprit de nombreux employeurs avec la bénédiction des employés. Ceux-ci n'imaginant pas que cela pourrait être autrement tant ils ont la sensation qu'évoluer dans ces domaines est une chance.

Le plus beau métier du monde, dans les coulisses de l'industrie de la mode.  Giulia Mensitieri . Edition La découverte. Janvier 2018.

dimanche 22 avril 2018

La ferme des animaux


Ecrit en 1945, la ferme des animaux du britannique George Orwell  est une fable d'une centaine de pages mettant en scène des animaux où chacun représente les membres de la société humaine.

Cela n’a pas une ride même  s'il s’agit ici de la dénonciation du communisme et de Staline en particulier. On y retrouve néanmoins nos travers sans que cette dénonciation ne se réduise à la seule dictature communiste. On peut même dire que tout ce que l'auteur critique en 1945 fait écho à notre actualité, quels que soient les orientations politiques et les pays. 


Fatigués d’être exploités par les hommes faibles et mauvais qui ne font que les réduire en esclavage., les animaux se réunissent secrètement pour écouter Sage-L'Ancien, un cochon qui leur assure qu’un jour les choses changeront, d'ailleurs le changement c'est maintenant !  Et les animaux auront enfin une vie meilleure ! Décidant de reprendre la main sur leurs vies. ceux-ci  vont fomenter une rébellion contre Mr Jones le fermier, image du dictateur ayant droit de vie et de mort sur chacun. Il y a Malabar, le cheval courageux, honnête et travailleur, Benjamin, l'âne visionnaire, pressentant le tragique à venir, le chat sur qui on ne peut pas compter quand il le faut, la masse des moutons représentants la bêtise... Il est question d’asservissement, de recherche d'une vaine égalité mais surtout de  manipulation pour dominer et  le danger d’un ennemi imaginaire qui favorisera la peur de l'ailleurs et de l'étranger.

Un livre à l'écriture limpide et pleine d'humour. A (re)découvrir ! 


Mon illustration ci-dessus met en scène la couverture de l'édition Folio de ce livre, elle représente un tableau du belge James Ensor.

La ferme des animaux, George Orwell, 1945. Ed. Folio


mardi 17 avril 2018

Les prix d'excellence



Régis Wargnier, le réalisateur de cinéma (Indochine, Une femme française...) est à présent un jeune écrivain. Il a publié un premier roman, Les Prix d'excellence, le 31 janvier dernier.

Il s'agit d'une fresque qui nous entraîne de mai 68 à nos jours sur les pas de Mathilde et Georges, vingt ans d’écart. Elle, fille de la bourgeoisie textile du nord de la France, passionnée de cinéma, rompt avec sa famille, fait sa vie avec un cheminot, devient scénariste. Lui, fils d'un G.I. et d'une Vietnamienne, adopté par de petits épiciers parisiens, mènera une brillante carrière en biologie. Leur rencontre est une déflagration, un choc, une évidence. Mais il ne sera pas question d'amour physique.

Il est question d'ambition, d'ascension magistrale et de chute vertigineuse, d'amour du cinéma, de médias, d'amour tout court et avec un grand A... C'est dense, l'écriture très cinématographique est agréable et assez bien rythmée.

Le milieu du cinéma et de la presse sont je trouve bien décrits, j'y ai retrouvé tout ce qui les anime avec leurs mesquineries et leurs passions.
Il y a plusieurs livres dans le livre, j'imagine qu'il y aura une suite tant il y a à développer, et je ne doute pas que Régis Wargnier aura ses prix pour ce roman.

Une lecture sympathique pour par ex. se détendre à la plage.

Les prix d'excellence, Régis Wargnier.
Editions Grasset, janvier 2018.
432 p. 22 euros. (15,99 euros pour le format numérique).

lundi 16 avril 2018

Microfilm




Publié en janvier 2018 Microfilm d'Emmanuel Villin m'a particulièrement plu et intrigué.

Paris, de nos jours, un comédien «physique quelconque, visage banal» échoue une énième fois à décrocher un contrat de figuration dans un film. Le hasard des algorithmes du Pôle-Emploi le fait embaucher par la mystérieuse « Fondation pour la paix continentale », située 1 bis place Vendôme. Spécialiste en microfilms par la magie des bases de données, il entame une nouvelle vie d’employé de bureau, côtoyant des collègues aussi étranges que la Fondation elle-même. Voulant bien faire le personnage se laisse bientôt déborder par l’absurdité de ses missions, puis entraîner dans une spirale d’événements bizarres et menaçants...

Plein d'humour, d'ironie, ce roman est truffé de superbes clins d'oeil cinématographiques, il y a même une bande son à la fin (avec entre autres de François de Roubaix, Brigitte Fontaine et David Crosby) pour accompagner les différents chapitres.

Les thèmes du travail et de la servitude volontaire sont ici abordés avec originalité (thèmes peu présents dans la littérature française contemporaine où j'ai souvent l'impression que les personnages gagnent leur vie de façon désincarnée...). Le style est agréable, porteur d'un rythme et d'une mélodie limpides.

Il s'agit du second roman de cet auteur talentueux et prometteur et dont on parle très peu. Il est vraiment à suivre !

L'image ci-dessus est une illustration que j'ai faite de l'auteur d'après une photo. Ambiance ambiance...

Emmanuel Villin, Microfilm.
Asphalte éditions. Janvier 2018.
192 p. 16 euros.

Chambre simple


 Chambre simple de Jérôme Lambert m'a beaucoup touché. Je l'ai découvert au hasard d'une obscure émission régionale où une chroniqueuse avait quelques secondes pour parler d'un livre qui lui avait plu, quelques secondes pas plus. Elle a simplement bafouillé deux mots pour évoquer ce livre : émotion et puissance, je l'ai noté.

    Un homme est alité dans une chambre à l'hôpital, ce n'est pas la première fois. Dans cet univers aux couleurs blanchâtres, délavées, plusieurs voix se faire entendre tour à tour. Parfois le patient, parfois les infirmières, les proches, les aides-soignants. Chacun prend la parole et nous sommes directement plongés dans une intimité. La tournure devient terriblement poignante, humaine et nous amène ailleurs, loin des couloirs de l'hôpital, dans leurs âmes pour quelques minutes, quelques jours. Roman sensuel, polyphonique et pictural je vous recommande cette expérience qui m'a remuée. 
                        

    Sur la photo c'est une illustration que j'ai faite de l'auteur d'après une photo, après avoir lu ce roman. Il lui manque une oreille, j'espère qu'il ne m'en voudra pas... Paradoxal pour un roman ou l'ouie a une si grande importance.

Un livre à lire !

Chambre simple, Jérôme Lambert,
Editions iconoclaste. Publié en Janvier 2018
200 p., 17 euros.